
Dans le dernier numéro de Frieze (N° 256, janvier-février 2026) Shiv Koteka signe un long article consacré à Sam Lipp qu’il est allé rencontrer dans son atelier de Chinatown à New York.
Lipp développe une peinture de la ruine, qui malmène corps et support avec des matériaux industriels, tout en réfléchissant à la persistance des images. Depuis une décennie, il emploie laine d’acier, acier récupéré ou frottage routier pour simuler une dégradation du support, fragmentant des corps humains et troublant le regard.
Des pièces comme Sleep (2016), New York Doll (2023) ou Superstar (2023) mêlent torses charnels et abrasions mécaniques, transformant la chair en paysage abîmé sous la « tyrannie des images ».
Né à Londres et élevé à Napa dans un décor pseudo-toscan, il relie cette précarité artificielle à une enfance queer où la peinture devient refuge, nourri par calligraphie, gravure française et Magritte grâce à une professeure.
Formé en sculpture et vidéo à la School of the Art Institute of Chicago, il revient ensuite à la peinture et cofonde la galerie Queer Thoughts à Chicago, puis New York, où il expose notamment Puppies Puppies et Ser Serpas.
Ses images de corps masculins issus de la pornographie ou de Grindr jouent moins l’érotisme que la perte et la matérialité texturée de la figuration gay.
Depuis 2019, il reprend des photographies d’identité judiciaire, comme pour le mugshot pixellisé de Michael Jackson, ou encore celles d’Alphonse Bertillon, dans Camp as Paradigm. Il cherche ainsi à dénoncer la commercialisation des images publiques et à défendre un anonymat insoumis.
Inspiré par Robert Bresson et ses « modèles de travail », il dirige aujourd’hui des modèles réels en studio pour des poses ambiguës qui rejouent la fabrication d’images de contenu.
Ces nouvelles peintures, où modèles, décor et surface se confondent, examinent la vacuité médiatique contemporaine, comme l’analyse Shiv Kotecha dans son article pour Frieze n° 256. Un article à lire.
Sam Lipp sera à la galerie Soft Opening à Londres jusqu’au 1er mars 2026.
Un dernier mot enfin pour dire que le travail de cet artiste me fait penser à celui de Sylvester Engbrox, artiste allemand vivant en France et que je vous invite à découvrir.














