L’exposition de Magdalena Abakanowick au musée Bourdelle est, me semble-t-il, à la bonne place. Je connais ce musée de fond en comble. Depuis l’ajout fait par Christian de Portzamparc dans les années quatre-vingt-dix, j’y suis allé plusieurs dizaines de fois, à toute heure et en toute saison, le plus souvent pour trouver un peu de calme ou de fraîcheur dans son minuscule jardin où se dressent des « victoires » et des restes de splendeurs au style vaguement inquiétant. J’aime également chaque fois y retrouver le sourire de Jeanne Avril ou le déhanchement de la Vielle Bacchante, qui tous deux me plongent dans un Monde disparu et terriblement attachant. Ce musée a su (pourvu que ça dure) préserver, ou donner l’impression de préserver l’âme du lieu, l’esprit de la main qui y a travaillé.
Tout n’y est que pierre, burin, taille, marteau, selle, bustes, bronzes, etc. Bref, du solide et du monumental ; rien n’y est instable ou fragile et ça se ressent. Or, voilà que les œuvres de Magdalena Abakanowitz y sont installées. Ce qui est de l’ordre du textile, de la matière ductile, souple, délicate, éphémère devient, ici, quasiment lithique. La légèreté a disparu et l’on ne perçoit plus que l’essence de l’œuvre, je veux dire, ce pour quoi elle existe. En fait, il faut faire un petit effort, l’œil a vite fait de se focaliser sur l’accessoire. Il manque, selon moi, un peu d’abstraction, mais l’exposition a été aussi pensée pour les jeunes visiteurs (cf. les cartels un peu niais), ce qui n’est pas évident et peut-être même dommage. Il faut en effet approcher l’œuvre de Magdalena Abakamowitz avec déjà une petite connaissance du personnage, de l’Histoire et même de l’histoire de l’art. « L’art textile », le « Fiber art », n’est pas simple à approcher, contrairement à ce que l’on croit, mais c’est un autre sujet.
Après les grandes rétrospectives de la Tate Modern en 2022 et de Pompidou en 2001, cette exposition, qui n’a certes pas les mêmes ambitions compte tenu de l’espace dédié, est peut-être celle qui permet le plus d’intimité avec cet artiste hors du commun.
Magdalena Abakanowicz, La trame de l’existence
Exposition au musée Bourdelle du 20 novembre 2025 au 12 avril 2026
Catalogue sous la direction d’Ophélie Ferlier Bouat et Jérôme Godeau avec des textes de José M. Faraldo, Patricia-Montòn González, Thierry Dufrêne, Marta Kowalewska














