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L’art contemporain chinois a débuté sa nouvelle ère par un événement choquant : le suicide de Datong Dazhang à 45 ans, le premier jour de l’an 2000, alors que « l’humanité tout entière applaudissait ». Ce geste a profondément bouleversé la communauté artistique.
Datong Dazhang, de son vrai nom Zhang Shengquan, est né en 1955 à Datong, province de Shanxi. Autodidacte, il commence à s’intéresser à la peinture et à l’histoire de l’art dès 1980. En 1987, avec Zhu Yanguang, Ren Xiaoying, Zhang Zhiqiang et Yao Lin, il fonde le groupe WR (Wu Ren, signifiant « Cinq Personnes »), organisant plusieurs expositions en plein air, notamment dans les grottes de Yungang. En 1989, lors de l’inauguration de China/Avant-Garde au Musée national d’art de Chine, trois membres du groupe WR réalisent une performance intitulée « Deuil », où ils déambulent dans le musée, couverts d’un suaire, pour symboliser « la mort de l’art moderne chinois ». Après 1993, le groupe WR devient informel après la fermeture d’une de leurs expositions par les autorités.
Dazhang se concentre ensuite sur « l’art postal », croyant que l’art véritable réside dans l’esprit de l’artiste tant qu’il n’est pas matérialisé. Il envoie des centaines de croquis pour échanger des idées avec d’autres artistes d’avant-garde, dont certaines sont réalisées par d’autres artistes à travers le pays.
En 1996, Dazhang réalise l’œuvre « Crossover » au Tibet, où il traverse une rivière avec un mouton qu’il devait tuer sur l’autre rive. Cette action mettait en avant la violence dans l’art, en particulier la mise à mort d’une créature vivante. Dazhang pensait que la traversée et l’expiation des péchés étaient deux étapes nécessaires, comme l’enseignent les prêtres bouddhistes ou taoïstes. Dans le bouddhisme, la « traversée » permet de passer de la tribulation à la rédemption. Ainsi, la traversée et la mort sont deux étapes essentielles pour atteindre la rédemption. Finalement, Dazhang déclarant son échec, libère le mouton et jette son couteau dans la rivière.
Né « l’année du mouton » (1955), Dazhang détestait ce signe astrologique, symbole de faiblesse et de timidité, et se tourmentait avec l’idée de posséder des « gènes de mouton ».
Quoi qu’il en soit, son œuvre la plus marquante reste son suicide, préparé pendant plus d’une décennie. Dès le milieu des années 1980, il aborde la mort avec des œuvres comme « Crematory ». En décembre 1998, il envoie à ses amis une photo de lui avec l’inscription «I saw death», montrant son visage déformé et une expression de terreur.
Dazhang était obsédé par l’héroïsme et la tragédie. Il copiait des citations de films et écrivait des réflexions sur les murs de son appartement. Il admirait Sylvia Plath, poète américaine, pour ses vers : « Mourir est un art, comme tout le reste, je le fais exceptionnellement bien ».
En 1999, un ami artiste, Pianshan, l’invite à veiller sur lui pendant qu’il s’enferme dans une boîte noire dans le désert pendant sept jours avant le nouveau millénaire. Dazhang refuse, déclarant : « Je n’ai pas de relations avec les êtres humains ». Alors que Pianshan ouvre la boîte à l’aube du nouveau millénaire, Dazhang se pend dans son appartement, laissant une note disant : « Il est prévu que je parte de cette façon. J’ai dit en 1992 que “quarante-cinq ans seraient ma dernière année”. Je ne fais que tenir ma promesse ».
Cet événement tragique a marqué un tournant pour l’art contemporain chinois, ouvrant une ère d’institutionnalisation et d’évolution culturelle. Plusieurs expositions ont ensuite été organisées pour faire découvrir la vie, l’art et la poésie de cet artiste légendaire et énigmatique.
Photo : Datong Dazhang autoportrait



