Charles Quint, l’empereur absolu dont l’empire était si vaste que le soleil ne s’y couchait jamais, abdiqua après avoir régné sur le Monde pendant près de quarante ans. Fatigué et las, il renonça volontairement au pouvoir temporel pour se retirer en Estrémadure au monastère de Yuste, s’abandonnant dans la contemplation. Pour l’accompagner dans sa brève éternité humaine, il avait près de lui quelques tableaux du Titien…
En 1902 l’abbé Breuil et Émile Cartailhac copiaient sur calque les fameux bisons de la grotte d’Altamira. Des animaux peints sur la pierre il y a plus de 14 000 ans et judicieusement placés sur la paroi pour leur donner l’impression de volume.
Quant à l’étonnement de Rembrandt, toujours aussi vif, il a plus de 396 ans et ne fait que cinq centimètres sur quatre.
Ainsi, l’art subjugue le temps qui passe et avec lui rend dérisoires toutes formes de puissance, mais c’est en nous forçant à considérer l’humilité de nos destins que l’art nous rend à la plus belle part de notre humanité. Acceptons ce doux asservissement.
Il est vain de chercher l’immortalité, nous le savons depuis au moins 4000 ans ; depuis Gilgamesh :
Où vas-tu, Gilgamesh ?
La vie que tu cherches, tu ne la trouveras pas.
Lorsque les grands dieux créèrent les hommes, c’est la mort qu’ils leur destinèrent, et ils ont gardé pour eux la vie éternelle.
Mais toi, Gilgamesh, que sans cesse ton ventre soit repu.
Sois joyeux nuit et jour, danse et joue.
Fais chaque jour de ta vie une fête de joie et de plaisir.
Que tes vêtements soient propres et somptueux,
lave ta tête et baigne-toi, flatte l’enfant qui te tient par la main,
réjouis l’épouse qui est dans tes bras.
Voilà les seuls droits que possèdent les hommes.
…
Bonne année à tous !
MT




